Article de presse

Le Télégramme, 25 janvier 1996 :

" Visions " par le trio Delcamp :
Poigne de fer et séduction
Comme un bon champagne frappe une soirée entre amis au coin de la bonne humeur, la guitare contribue invariablement à créer l'atmosphère d'un beau concert. C'est peu de choses finalement, quelques morceaux de bois, délicatement choisis et travaillés, un faisceau de cordes tendues. C'est surtout une étonnante caisse de résonance apposée tout contre les tripes et le cœur, dont elle prolonge la vibration. Il n'y a pas plus charnel et chaleureux qu'une guitare, pas plus exigeant que ce diable d'assemblage qui sollicite comme aucun autre poigne de fer et séduction.

Emotion et technique
Mardi soir, au Quartz, la DRAC avait donné carte blanche à Jean-François Delcamp, professeur à l'Ecole Nationale de Musique, pour faire la promotion d'un instrument réputé pour son ingratitude. Quelle récompense pourtant que de l'entendre chanter, vibrer, chuchoter et rugir comme ce soir-là, lorsqu'on s'y est cassé les ongles pendant des lustres. Au hasard de compositions personnelles, de reprises de Chick Corea ( joli travail sur " No mistery " ), de Baden Powel, d'adaptations subtiles et sublimes de tangos d'Astor Piazzolla ou de chevauchée jazz-fusion, chacun a pu mesurer l'étendue de la palette émotionnelle et technique de la guitare. Delcamp avait aussi choisi de se livrer à un concours de timidité, puisqu'il invite à ses côtés Jean Luc Roumier le moins volubile, mais aussi le plus attachant des musiciens brestois. Malgré la présence physique, solide, de l'indéfectible Philippe Di Faostino aux percussions et à la batterie (et surtout au vibraphone), c'est peut-être dans le domaine du charisme, de la mise en avant de soi que les caresseurs d'aciers ont légèrement péché.

Accord parfait
Mais peut-on reprocher cet excès de discrétion, cet effacement derrière la musique et rien que la musique, à l'heure où trop de m'as-tu-vu embouteillent la tribune ? Franchement non. Le coeur et le concert ont parlé pour eux. On oubliera sans doute pas de sitôt la densité des phrases arrachées au bois par Jean-François Delcamp en ouverture de la soirée, pas plus que ne s'effacera la vaporeuse digression sur deux standards du jazz par Roumier l'enchanteur électrifié. Il y avait manifestement de l'accord parfait dans l'air mardi au petit théâtre.

 

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